09 mars 2011
Le livre
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| Tags : apostrophe, contemporains, mort, maginhard, chloé, lys, chloé des lys |
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19 juillet 2010
L'appel des sirènes
APOSTROPHE AUX CONTEMPORAINS DE MA MORT.
Extrait de la troisième partie.

| À Paris, tous les premiers jeudis du mois, à midi, on essaye les sirènes. Ce que les vivants ne savent pas, c'est que ces sirènes appellent les morts pour les faire monter dans la barque à Charon. Pour le narrateur, qui rêve sa mort, ce sera un bateau-mouche sur lequel, enfant, il avait fait une partie de plaisir … Le passage ci-dessous est consacré à la description du bruit de ces sirènes. |
Nous étions un jeudi. Il fut midi. Alors, comme tous les premiers jeudis du mois à midi, une sirène, derrière l'horizon des toits, commença de répandre sur Paris son mugissement grandissant. Puis une deuxième, qui continua de s'élever tandis que la première retombait de ses vibrations les plus hautes ; bientôt celle-ci reprit son ascension, tandis que celle-là, au contraire, se faisait rémisse. Enfin, ce croisement se répétant, une troisième sirène entra en danse. Le mêlement des strideurs qui remontaient vers les aigus avec celles qui redescendaient dans les graves imposait que c'était un moyen qu'on variait pour mieux s'assurer d'un but, une ruse pour que toute l'étendue de l'ouïe fût intéressée, un procédé pour qu'il n'y eût pas de certains murs qui étouffassent le ululement, pour qu'il traversât tous les matériaux, pour qu'il se répercutât dans les cours d'immeuble en un remous rugissant. Le son envahissait sans atténuation sous les combles en montant par l'espace entre les chevrons au-dessus des sablières, inondait les escaliers, faisait irruption dans les cuisines et les salles de bains par les prises d'air ouvertes sur les façades, se transmettait par l'intermédiaire des vitres frémissantes, dévalait par les soupiraux dans les caves, se déversait par les regards d'égout jusque chez les rats qui, alarmés, se rassemblaient en bandes inquiètes trottinant au hasard sur les banquettes des grands collecteurs.
Pas une créature vivante qui n'en fût atteinte. Des chats se coulaient où ils pouvaient. Quelques pigeons s'essoraient, battant l'air retentissant ; incapables de se dérober au vrombissement obsesseur, ils se posaient bientôt. Parmi les chiens interdits, certains relevaient la tête et poussaient un long aboi lamentateur.
Pas un homme qui n'en éprouvât l'appel dans son être. Et parce que l'oreille était pleine, l'œil s'abusait à ressentir que tremblaient de ce bruit les feuillages ; qu'à la surface de la Seine, l'onde s'en trouvait ridée.
Près de moi, les gens regardaient vers le ciel, comme s'ils étaient pris dans l'effet d'un météore observable. Une petite fille se bouchait les oreilles en grimaçant.
La dernière sirène débraya, entamant le vol plané qui allait la faire descendre jusqu'au silence. Quand elle fut au plus bas, on demeura un instant suspendu dans le doute si le cri exténué avait encore une réalité pour l'oreille, ou si l'on était sous le coup d'un reste d'assourdissement.
Enfin fendit l'air une fée fugace filant en tous sens parmi les hommes et les bêtes, dispensant à la ronde le coup de baguette qui délivra chacun du charme qui avait immobilisé tout le monde. On renoua les conversations interrompues, on reprit le geste discontinué de ce qu'on était à faire.
Jamais je n'avais éprouvé la sirène du jeudi comme en ce jour. Ce ne fut plus un avertissement ; elle m'avait évoqué, elle m'avait pénétré intensément, elle m'avait investi intimement. Elle m'avait réclamé, elle m'avait possédé. Après qu'elle se fut tue, j'eus l'impression de me retrouver dans une réalité invisiblement changée.
00:03 Ecrit par Maginhard | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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11 juillet 2010
Représentations aux parents.
APOSTROPHE AUX CONTEMPORAINS DE MA MORT.
Extrait de la première partie : représentations aux parents.
« Comme à la Saint-Lambert,
Qui s’en va place perd ! »
Je garde dans l’oreille des exclamations, des protestations, des invectives, des invites, qu’ont probablement oubliées quelques instants plus tard ceux-là mêmes qui les avaient lancées. Ces échos d’une clameur infiniment éloignée me restent comme font les fossiles inclus dans une strate géologique, qui n’existent plus que par la trace qu’ils y ont laissée. Dans chacun de ces cris ivres de vie, l’édacité du temps a mis à nu un appel tragique, qui déjà quand il fut jeté maudissait la mort ; mais nous ne le savions pas.
Et la clarté des jours qui illuminaient mon enfance est maintenant réduite à celle d’une étoile à perte de vue, qui n’est visible que parce qu’elle rayonne ; c’est, dans le tunnel obscur, interminable, à l’intérieur duquel je vais bientôt trébucher sans même peut-être m’en apercevoir, un point de lumière qui scintille depuis l’entrée toujours plus lointaine.
Annulez ma vie. Ce n’était pas de jeu. Par jalousie, on cache aux enfants la vraie valeur de la vie à faire qui s’étend indéterminément dans l’avenir. On se garde bien de leur faire savoir que chaque rentrée des classes, chaque distribution des prix, chaque villégiature de vacances, est une étape irrepassable ; que c’est déjà, insensible dans l’instant, le franchissement des premiers tributaires de l’Achéron.
Parents, laissez-moi vous dire encore, vous enfermez vos enfants dans ce que vous êtes, parce que vous voulez qu’ils soient votre continuation dans ce que vous ne pouvez être. Vous tremblez de les étranger de vos erres. Vous voulez qu’ils aillent plus loin que vous, mais qu’ils passent par ce qui vous a arrêtés. Vous rêvez pour eux de hautes fortunes, mais, pour y tenir la main, il faudrait non seulement que vous cessiez de vous flatter, mais encore que vous commenciez de vous accuser. Or, vous avez déifié le destin afin de vous innocenter de vous. C’est pourquoi, appréhensifs de rien brusquer, vous livrez avec attendrissement vos enfants à tous les hasards, vous les abandonnez docilement au seul conseil des mandataires d’une société où l’on a besoin que d’inconscients laborieux, d’inférieurs zélés, de stipendiaires utiles, et de semblables en contre-épreuve.
21:57 Ecrit par Maginhard | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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23 décembre 2009
Critiques avant publication
APOSTROPHE AUX CONTEMPORAINS DE MA MORT.
Critiques avant publication.

ÉDITIONS DU BORD DE L'EAU.
« J’ai noté que ça arrivait souvent comme ça : après des semaines d’indigences littéraires surgissent, deux, trois manuscrits qui m’enchantent.
Hier c’était Malateste, aujourd’hui c’est Apostrophe aux contemporains de ma mort.
Que l’on ne s’y trompe pas : il s’agit d’une œuvre réjouissante malgré son titre. À commencer par son style.
L’ai-je assez déplorée cette pauvreté du style dans ce qui tombe dans la boîte postale et sur les messageries de BDL !
Et voilà que coup sur coup le style renaît, ne cesse de renaître de ses cendres (je vous épargnerai le cliché du Phénix, enfin, presque).
Voulez-vous un exemple de ce fameux style dont il m’arrive de rebattre les oreilles des incrédules ? Oui, n’est-ce pas ?
Voici donc :
“Ensuite je ne sais plus, j’ai un trou de mémoire. Je crois que les événements se sont précipités. Qu’on sache seulement que d’assis je me suis retrouvé couché sur le dos, qu’il n’était plus à côté de moi, mais sur moi, et que de paroles entre nous il ne pouvait être question, car il s’affairait à rendre la chose impossible à lui comme à moi.” »
(Dominique-Emmanuel Blanchard, directeur des Éditions du Bord-de-l'Eau – qui ont reçu le manuscrit, mais n'ont jamais répondu à cet envoi –, dans son blog, le 20 décembre 2007, à l'adresse :
http://domi33.blogs.sudouest.com/archive/2007/12/20/deb-l...
19:33 Ecrit par Maginhard dans Critique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Prière d'insérer

APOSTROPHE AUX CONTEMPORAINS DE MA MORT.
Prière d'insérer.
Un très vieux monsieur au bord de la tombe livre ses réflexions et ses désarrois.
Comme chez tous les grands vieillards en fin d'existence, son univers intellectuel, pour user d'une allégorie, est un va-et-vient sur une arche qui repose essentiellement sur deux piliers : l'heure présente et la jeunesse. Le texte est à la clef de voûte de cette arche.
Ce ne sont pas des souvenirs. Le propos n'est que secondairement de faire revivre un passé ; c'est avant tout de faire vivre le souvenir que le narrateur en garde, ce qui est fort différent. Il s'y promène, dans ce souvenir, comme dans un musée. On s'est attaché à donner aux choses de l'enfance le poids et l'importance qu'elles ont dans l'esprit d'un enfant, fort loin donc des récits attendris qui ne sont qu'une mise en forme nostalgique des préoccupations rétrospectives de l'écrivain adulte.
Ce n'est pas non plus un roman, mais plutôt un morceau de littérature pure, en ce sens que ce ne sont pas les événements racontés qui justifient le récit, mais l'homme en situation.
Emporté dans son glissement vers la mort, le narrateur fait un songe : il rêve sa fin nécessairement proche, et – pour ne placer ici qu'une simple notation d'ambiance – il constate combien le caractère inévitable de cette mort la rend acceptable pour tout le monde et même un peu pour lui, ce qui a donné lieu, dans la première partie du texte, à un parallèle entre la mort des vieillards et celle des animaux d'abattoir.
Enfin, intermède entre les deux bouts de la vie, une aventure homosexuelle vécue dans l'adolescence illustre un arrachement vers l'âge adulte dans un narré volontairement inspiré de celui des contes.
Julien Green, dans son journal (Ce qui reste de jour, 26 septembre 1968), a noté ceci : « Il y a dans le rêve une économie de moyens admirable. Tout ce qui n'est pas essentiel est éliminé. Le sujet est mis en valeur dans une lumière fulgurante qui rejette dans les ténèbres extérieures l'inutile, le détail, ou alors le détail est isolé dans cet éclairage surnaturel et y prend la toute première place, l'hallucinante première place. Si l'on pouvait écrire et composer ainsi, on ferait de grandes choses. »
L'auteur d'Apostrophe aux contemporains de ma mort a été immodeste. Il s'est prétendu capable de réussir à quelque-chose comme cela. Juger si l'entreprise a été honorablement soutenue n'appartient qu'au lecteur.
15:03 Ecrit par Maginhard dans Promotion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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La mort du père
APOSTROPHE AUX CONTEMPORAINS DE MA MORT
Extrait de la deuxième partie: la mort du père.
Un gros bouquet de fleurs rouges, d'un rouge profond et sombre, girandole de pelotes chiffonnées serrée dans un vase pansu, remplissait d'un parfum suave, non pas fort mais doucereux, obstiné, de ceux qui s'attachent à vous et qu'on sentira sur vous ailleurs, cette petite pièce nue où tout était d'un blanc parfaitement lisse, tellement que les murs jouaient de reflets brillants. Ce vase était posé sur une petite table roulante de malade, du modèle dont le piétement métallique n'a de montants que d'un côté afin qu'elle soit amenée devant un alité adossé à un oreiller. Ce vase était le seul objet qui restât dans la chambre, vers l'heure de midi, après que mon père y fut mort dans la nuit. Les fleurs se défraîchissaient. Au pourtour du bouquet, quelques lourdes corolles accablant leurs tiges veules baissaient la tête vers la table, sur laquelle des pétales étaient tombés. Je n'avais pas remarqué, les jours précédents, que le parfum fût aussi sensible, mais il y avait les odeurs de pharmacie. Et sans doute les fleurs se pâmaient-elles moins. La veille et l'avant-veille, personne n'eût osé s'occuper de ce bouquet, dont l'éclaboussement de sang, seule refuge de l'œil dans cette blancheur impersonnelle et nosocomiale, semblait une recherche d'esthétisme tragique. D'une main, je balayai le dessus de la table autour du vase, ramenant dans la paume de l'autre main les pétales détachés. N'ayant pas où les jeter, je les fourrai dans ma poche.
C'est au premier étage qu'était cette chambre. La seule fenêtre donnait sur un petit jardin de roses, fermé au public par une grille basse. Comme si l'on avait eu souci d'écarter le passage des vivants. À l'intérieur du bâtiment, la porte ouvrait au bout d'un long couloir. Comme pour en épargner l'approche aux gens qui n'avaient rien à y faire. Dans la chambre, la fenêtre, établie au fond d'un ébrasement épais, haute d'enseuillement au point qu'on ne saisissait l'espagnolette que le bras en l'air, avait ses vitres dépolies jusqu'au-dessus de nos têtes. Pourtant, le seul vis-à-vis, un autre édifice de l'hôpital, se trouvait à bonne distance. L'habitant de ce réduit, debout, pouvait seulement porter les yeux dans le feuillage des grands arbres qui bordaient l'allée, jeter la vue vers des toits, ou arrêter un regard lointain sur les petites fenêtres aux derniers étages du bâtiment d'en face, derrière les carreaux dépolis desquelles, à la nuit, on apercevait parfois des silhouettes floues. Couché, il ne pouvait plus rien contempler que le ciel.
Au début de l'après-midi, le soleil donnait par la fenêtre. Alors, l'intersection du faux meneau et des deux croisillons projetait sur le lit mécanique, et sur mon père y gisant qui ne se relèverait plus, l'ombre grise d'une grande croix déjetée, comme on en voit brochées à plein lé sur les draps mortuaires des chevaliers du Moyen Âge.
Le soin qu'on avait apporté à estomper le spectacle et le murmure de la vie faisait de cette petite pièce ripolinée une écluse vers le néant. Un cri d'enfant y ouvrait un abîme. Les bruits du dehors n'étaient jamais forts ; quelquefois cependant, pour ne pas continuer d'entendre des voix joyeuses ou futiles, on refermait la fenêtre qu'on avait entrebâillée.
La chambre d'un mourant n'est sonore que des conversations insignifiantes qui le bercent dans le Léthé chimique des médecins et soulagent les familles. Pour celui qui va s'éteindre, les réalités du présent, au-delà des quatre murs qui isolent le lit de mort, sont révolues. S'il a l'âme forte, il arrive qu'il s'en enquière. C'est pure amabilité ; c'est pour s'agripper au monde par les usages du monde. Évoquer ces réalités devant lui, c'est lui confirmer que le terme est accompli, c'est lui signifier sa mort, dont on cherche à feindre qu'il peut se distraire. Le relèvement d'un oreiller, le change du pansement qui maintient la piqûre intraveineuse d'un goutte-à-goutte, l'adoucissement d'un éclairage, sont la grande affaire et les seules attributions libres aux veilleurs d'agonie, desquels la Mort préside sous main la funeste assemblée. Que celui qui va passer, désemparé de n'obtenir que des alibiforains comme réponses à ses demandes - et qui en perdra pied, qu'on le sache! -, en vienne à seulement faire observer que le temps est au beau, ce n'est qu'avec gêne et tortillage qu'on est amené à lui céder du bout des lèvres que, quelque part ailleurs, dehors, dans l'univers qui lui défaille, où ceux qui vivent avec les vivants s'en donnent à cœur joie, sur les étendues qui se refusent, illimitées d'espace et comblées de lumière, c'est-à-dire partout, il fait grand soleil, on ne peut le nier.
Aux ultimes nuits d'hôpital, à l'orée desquelles j'étais de ces visiteurs à qui les infirmières muettes portent une couverture et du café à l'heure où elles reconduisent malgracieusement tous les autres vers la sortie, qu'avais-je à dire à mon père ? Ce qu'il avait à me dire, lui, je ne l'ai jamais su, car il ne m'a rien dit. Ce que j'avais à lui dire, il ne l'a jamais su, car je ne le savais pas moi-même, je ne voulais pas en rappeler ma mémoire. Le choix qu'on fait du silence, plutôt que de se relâcher enfin du respect humain pour parler d'intelligence à intelligence, plutôt que de de saisir la dernière occasion de s'entre-connaître, est une lâcheté facile à colorer de hautes excuses. Nous nous complaisons à estimer que nous évitons un déboutonnage peu compatible avec un lieu de respect. Nous avons peur que le moribond emporte dans son éternité des propos imparfaits, inachevés, regrettables, que nous ne pourrons jamais corriger - belle échappatoire qui trouve sa justification dans l'humilité. Nous craignons que l'instauration de la parole véridique nous oblige à écouter des choses que nous ne voulons pas entendre. Nous ne savons comment faire pour que les mots définitifs de l'un ou de l'autre ne prennent pas l'attristante tournure d'un arrêté comptable de regrets. Nous fuyons la rétrospection, parce qu'elle prend nécessairement des allures de récapitulation, ce qui fait effroyablement sentir qu'ayant tourné la dernière page nous sommes à la table des matières, avant que tout se referme. Le refus d'exploiter l'occasion offerte par une circonstance qu'on veut bafouer a parfois sa noblesse ; mais non pas ici, car ce qu'on élude n'aura pas d'autre rencontre, et tire sa valeur de ce qu'il rachète un arriéré de fidélité ou de loyauté. Enfin, avouons-le, ô honte!, nous savons que nous allons être promptement dégagés de ces épines.
Je sortis de la chambre pour quitter l'hôpital, sans chercher à revoir l'infirmière qui m'avait invité à monter reprendre le vase. Je ne l'ai pas croisée, ni aucun des membres du personnel avec lesquels j'avais été en rapport. Quand il constateront que le vase est encore là, ils comprendront que je le leur abandonne.
En passant sous le porche qui, au bout de l'allée principale de l'hôpital, donnait dans la rue, je mis la main dans une poche de mon pantalon pour saisir les clefs de mon auto. Des pétales froissés et déchiquetés étaient amalgamés au trousseau. J'agitai les clefs, je secouai ma poche retournée, jusqu'à ce que le dernier lambeau de pétale fût sur le trottoir. Puis, tout en portant la main devant le nez afin de flairer ce qu'il restait de parfum sur mes doigts, je me suis demandé où diable j'avais garé ma voiture. Je ne savais plus où j'avais laissé ma voiture. J'avais une Traction-Avant. Une Quinze. Une des premières Quinze-Six : en guise de clignotants, en haut entre les portières, des flèches articulées ; à l'arrière, un capot de malle moulant la roue de secours, et, sur le garde-boue de gauche, une plaque minéralogique brisée en angle rentrant. Je l'avais stationnée à cheval sur un trottoir, cela, oui, il m'en souvenait, mais non pas dans quelle rue, ni du trajet que j'avais fait à pied après l'avoir quittée. J'ai commencé à visiter méthodiquement les rues qui bordaient l'hôpital, puis celles qui y aboutissaient, enfin toutes les rues avoisinantes, prenant soin de ne pas en laisser d'imparcourues entre l'hôpital et moi. Je tombai inopinément sur mon auto, à un carrefour que je ne me rappelais pas autrement ; pourtant, sitôt que j'y fus et que j'y eus découvert ma Traction, l'endroit me redevint connu d'auparavant, avec son café du coin, sa placette garnie de quelques bancs et son kiosque à journaux. Je n'ai pas compris comment le souvenir avait pu s'en dérober. J'avais bien mis trois quarts d'heure à retrouver ma voiture.
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14:45 Ecrit par Maginhard dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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